Rutshuru : les coopératives rurales boostées par COOCENKI et PASA-NK grâce à la vente groupée
Nous vous plongeons dans ce système solide mise en place par la COOCENKI grâce au projet PASA-NK

Une équipe des manutentionnaires charge un camion à l’entrepôt de 500 tonnes de KIWANJA
Dans un territoire marqué par des années de conflits armés, les paysans de Rutshuru, au Nord-Kivu, tracent un chemin de résilience à travers une innovation collective : la vente groupée. Portée par la Coopérative Centrale du Nord-Kivu (COOCENKI) dans le cadre du Projet d’Appui au Secteur Agricole (PASA-NK), cette approche transforme les pratiques locales de commercialisation, offrant aux producteurs ruraux un véritable pouvoir de négociation et un accès aux marchés rémunérateurs.
Un appui financier concret pour renforcer la commercialisation
Pour la saison culturale B2025, la COOCENKI a apporté un soutien financier significatif aux centres de collecte et à l’entrepôt de Kiwanja. « Au total, trois centres de collecte – Katemba, Kinyandonyi et Nyamilima – ainsi que l’entrepôt de 500 tonnes de Kiwanja, ont bénéficié de fonds à hauteur de 47 000 dollars US pour l’achat et la vente de maïs », explique la COOCENKI. Cet appui permet de renforcer le circuit de vente groupée et la dynamique collective de commercialisation dans les chefferies de Bwisha et Bwito.
Les résultats de commercialisation ci-après sont atteints :

Des producteurs font le suivi de leurs produits à l’entrepôt de 500 tonnes de KIWANJA
Fonctionnement et résultats de la vente groupée
À Kinyandonyi, 72 membres de quatre associations – COOPAKIRU, ACUDEKI, AFEMABOKI et UVDS – participent au système de vente groupée, approvisionnant un centre de collecte capable de traiter jusqu’à 66 tonnes de produits. Chaque producteur y dépose sa récolte, qui est centralisée, stockée et vendue de manière collective.

Le centre de collecte de KINYANDONYI qui a la capacité de plus de 60 tonnes, accueille les produits de 72 membres des coopératives locales
L’avantage est immédiat : au lieu de vendre leur maïs isolément sur les marchés locaux à 0,26 $/kg, les paysans accèdent au marché de Goma où le prix atteint 0,30 $/kg. La différence, bien que modeste, représente plusieurs milliers de dollars de revenus supplémentaires lorsqu’elle est appliquée à des dizaines de tonnes.
Témoignage d’un acteur de terrain
Isaya BASHEKA BULYONGOMA, chargé de la commercialisation au centre de Kinyandonyi et membre de la COOPAKIRU
Monsieur Isaya Basheka Bulyongoma, chargé de la commercialisation au centre de Kinyandonyi et membre de la COOPAKIRU, confirme l’efficacité du système :
« Grâce à la vente groupée, nous avons pu écouler 66 tonnes de produits rien que pour la saison B2025. Nous fournissons non seulement le marché local, mais aussi la ville de Goma. Les membres des coopératives obtiennent désormais un bon rendement et un meilleur accès au marché. »
Il souligne également les avantages sociaux :
« Les producteurs qui déposent leurs récoltes au centre reçoivent même une avance avant la vente des produits. Cela aide beaucoup les ménages agricoles qui vivent au jour le jour. »
Cependant, des défis persistent :
« Le transport reste une grande difficulté. Notre centre devrait disposer de bâtiments propres et d’un capital plus important pour assurer la stabilité du circuit. »
Des résultats concrets dans plusieurs localités

Des manutentionnaires chargent les maïs dans les sacs
La vente groupée s’étend au-delà de Kinyandonyi :
- Nyamilima (Binza) : achat de 4 550 kg de soja pour 2 275 $ et 1 000 kg de riz pour 340 $, provenant des coopératives CRBBI, COODABI et COODEPABI.
- Katemba (Kiwanja) : 23 800 kg de maïs achetés pour 7 140 $ auprès des coopératives COOPADERU, CEPROIA et APIPE.
- Grand entrepôt de Kiwanja : centralisation de 14 560 kg de produits achetés pour 4 160 $ ; vente de 7 000 kg à Goma pour 2 310 $, générant une marge brute de 310 $ (+15,5 %).
Ces chiffres démontrent qu’en dépit d’un contexte instable, la mutualisation des efforts crée un modèle économiquement viable capable d’attirer des acheteurs structurés.
Impacts majeurs de la vente groupée
- Économique : amélioration des revenus des paysans en contournant la vente isolée et en accédant à de meilleurs prix.
- Social : renforcement de la solidarité et cohésion sociale des coopératives, avec des avances permettant aux ménages de respirer financièrement.
- Marché : accès à des marchés contractuels via des partenariats avec des entrepreneurs comme ETS KMO, ETS BARAKA et des transporteurs, ainsi qu’aux marchés urbains de Goma.
Défis persistants
Malgré les résultats encourageants, plusieurs obstacles subsistent : insécurité récurrente, routes dégradées, sur-taxation des produits agricoles et insuffisance de capital pour acheter en grande quantité. Monsieur Basheka Bulyongoma insiste sur le soutien nécessaire des partenaires pour consolider les acquis et sécuriser les circuits de vente.
Une approche soutenue par le PASA-NK
Le PASA-NK, financé par le FIDA, l’État congolais et les bénéficiaires, fait de la commercialisation collective une priorité pour sortir les paysans de l’isolement commercial et bâtir des circuits économiques plus justes. L’expérience montre que même dans une zone meurtrie par la guerre, les producteurs peuvent bâtir des modèles économiques résilients avec un accompagnement adapté.
Une perspective prometteuse
Pour la saison B2025, les coopératives de Rutshuru ambitionnent d’accroître les volumes, de diversifier les produits (riz, soja, haricots, maïs) et d’élargir leurs débouchés. La vente groupée, soutenue par le PASA-NK et la COOCENKI, s’affirme ainsi comme un levier crucial pour améliorer les revenus et la résilience des paysans de Rutshuru.